Les liaisons dangereuses, ou quand un ex-conjoint abusif crie à la secte

En dépit du fait que les psychopathes dévastent tout et tout le monde sur leur passage, y compris les femmes et les enfants qui les aiment, pourquoi les cliniciens n’ont-ils pas jugé bon d’étudier et de parler, dans leurs écrits, de la source la plus évidente de compréhension de ce problème : les personnes ayant survécu à des relations intimes avec des psychopathes ? L’étude de toute maladie implique la collecte et l’analyse minutieuse de ses symptômes, et la psychopathie est assurément une maladie sociétale. Même notre système judiciaire rassemble des informations sur les criminels en recueillant sur place des récits de témoins directs. Alors, à nouveau : pourquoi n’existe t-il pas d’informations cliniques sur – et encore moins d’intérêt pour – les compagnes des psychopathes ?

Je pense qu’une des réponses est : les thérapeutes ne les reconnaissent pas comme victimes de la psychopathie car, en général, ils ne reconnaissent pas leurs compagnons comme psychopathes ! Les rares fois où des victimes de psychopathes sont identifiées, elle sont mises dans le même sac que les survivantes de violences domestiques plus typiques ; ou bien étiquetées « co-dépendantes », accro aux relations/sexe ; et/ou encore étiquetées comme souffrant du Trouble de la personnalité dépendante. Ces explications données aux relations amoureuses pathologiques, explications inexactes et souvent fondées sur des préjugés, n’aident pas les victimes à trouver un traitement spécifique à leur dynamique relationnelle atypique et aux symptômes qui en résultent, pas plus qu’elles ne contribuent (comme elles le pourraient) à nos connaissances en matière de psychopathie elle-même. Il est grotesque que, dans le milieu médical, les victimes ne soient pas plus plus facilement identifiées ou mieux comprises, et que cette source abondante d’informations vitales ne soit pas exploitée.

Sandra L. Brown, La victime oubliée : les femmes qui aiment les psychopathes

Je ne suis pas du tout le genre à étaler ma vie sur Internet. Je ne ressens pas le « besoin » de raconter ma vie publiquement afin de savoir que j’existe. Ce que je m’apprête à écrire sert uniquement à clarifier certaines choses, concernant ma séparation d’avec un homme pathologique qui, parce qu’il n’a pas pu accepter sa propre responsabilité dans l’échec total de notre relation, a décidé d’attaquer  mes amis : Laura Knight-Jadczyk, sa famille et son travail de toute une vie, les accusant d’être une « secte » qui m’aurait « volée à lui ».

Gardez à l’esprit qu’il ne s’est pas contenté de faire cette accusation de façon purement « informelle ». Il a été jusqu’à porter plainte officiellement auprès de la Police Judiciaire de Toulouse, qui a lancé une investigation – toujours en court à l’heure où ce témoignage est publié – concernant Laura et ses associés, comme s’il s’agissait de criminels, et ce sans AUCUNE preuve. Je ne rentrerai pas dans les détails, que vous pouvez lire ici.

Je dirai juste que je suis ABSOLUMENT effarée que les autorités aient apparemment écouté mon ex, acceptant comme faits des « allégations » fausses et diffamatoires, et sans jamais me contacter pour me demander à moi – la prétendue victime – de quoi il en retournait VRAIMENT ! Ils doivent penser que je suis stupide, crédule et complètement abrutie ! Eh bien, pour ceux que ça intéresse (apparemment, la police semble « moyennement » intéressée par la vérité), vous pourrez lire ici même ce que j’ai à dire.

Il est typique que les personnes pathologiques réagissent de cette façon lorsqu’on les quitte : pour eux, les gens ne sont pas des êtres humains libres, doués de pensée, de raison et de sentiments : ils sont des objets qu’il faut s’approprier. Ces personnes ignorent le sens de l’expression « liberté de s’associer », qui inclut le droit de ne PAS s’associer avec eux.

Ce genre de personnes vous refusent le simple droit de ne plus vous associer avec eux, que ce soit maintenant ou pour toujours. Ce manque total de considération en dit long sur ce qu’ils pensent de leur compagnons/compagnes et de leurs enfants : ce sont des proies. Pour eux, vous n’êtes qu’un morceau de viande sans aucune volonté ni désir propres, sans cervelle, et sans existence en-dehors de leur emprise.

Je suis extrêmement choquée que la personne qui était autrefois mon « compagnon » ait décidé d’utiliser des tiers – mes amis, les Jadczyk et leur travail – pour tenter de me récupérer, en répandant mensonges et calomnies. Pour me récupérer ou, s’il n’y arrive pas, pour me détruire ainsi que quiconque m’est cher, y compris, et surtout, les enfants que nous avons eus ensemble. Je suis écœurée et indignée qu’il me refuse le droit naturel et légitime de vivre ma vie seule, sans lui, et de me lier d’amitié avec les personnes de mon choix.

J’écris aussi ce témoignage en guise d’illustration du fonctionnement de la pathologie dans le cadre relationnel. J’espère que cela servira d’avertissement aux autres femmes exposées au risque (et la plupart le sont) de devenir les proies de tels individus. (Voir Women Who Love Psychopaths, de Sandra L. Brown, MA)

En tant qu’êtres humains s’efforçant de survivre dans un monde souvent dur, nous sommes tous plus ou moins « meurtris » par la vie, nous avons tous soif d’affection et d’amour ; or ce besoin parfaitement normal est exploité par les personnes pathologiques – le plus souvent, par des psychopathes – pour attirer leurs victimes dans leurs filets.

Afin de comprendre comment, et pourquoi, certaines femmes (et parfois certains hommes) en arrivent à se retrouver enfermés dans des relations pathologiques avec des individus pervers, il me faut donner un peu de contexte, parler un peu de moi.

J’ai eu une enfance en apparence normale, selon les critères de la société, ce qui veut dire qu’il n’y avait pas de problème de maltraitance dans ma famille, et que je n’ai pas eu de problème de « développement » ; je n’ai jamais été battue par ma mère (qui a divorcé lorsque j’avais environ 4 ans), il n’y avait pas d’alcoolisme dans ma famille, je travaillais bien à l’école, j’avais des camarades, ma mère s’occupait bien de moi, ma grand-mère (qui était veuve) m’aimait et s’occupait de moi, etc. J’étais souvent peu sûre de moi, sensible, timide et introvertie, ce qui a souvent résulté en des brimades à l’école (beaucoup de gosses sont concernés). Mais qui ne subit pas ce genre de brimades au moins une fois durant l’enfance ? Ce genre de choses sont banales et se produisent tous les jours dans toutes les écoles, et on apprend vite à s’en accommoder.

Bref, tout était à peu près OK en surface, dans ma famille et dans ma vie en général, n’était un événement particulier qui survint lorsque j’avais environ 5 ans. Mes parents étaient déjà divorcés. Un soir que j’attendait le retour de ma mère chez elle, avec mon père, j’ai subi des attouchements de sa part. Cela ne s’est produit qu’une fois, d’après mon souvenir.

J’imagine que cela m’a pas mal affectée (quel gosse ne serait pas affecté d’être abusé et trahi par la personne même en qui il est censé avoir totalement confiance ?), car c’est toujours resté en arrière plan dans ma tête. Je n’en ai jamais parlé à ma mère.

Quelque temps après cet incident, mon père est venu me chercher pour le week-end. Comme je ne voulais absolument pas le suivre, il a tourné les talons, a claqué la porte, et je n’ai plus jamais entendu parler de lui. J’ai appris récemment qu’il avait eu une grosse dispute avec ses parents il y a plusieurs années, et qu’il avait coupé tout contact avec eux. Ça semble être son Modus Operandi. À vrai dire, je ne pense pas que ce qui m’a affectée le plus soit cet incident, mais plutôt l’abandon – ou alors, un mélange des deux.

Cet abandon et ce manque d’un vrai modèle paternel m’ont affectée, et ces événements sont restés en arrière plan dans ma vie, durant toutes mes jeunes années. Cela me donnait l’impression de ne pas être digne d’être aimée. Je pense que c’est ce manque d’une véritable modèle paternel qui me ferait rechercher des relations malsaines avec les hommes en grandissant. Mais franchement, combien de femmes ont des histoires similaires à raconter ? Beaucoup, je pense.

Mes interactions avec les autres membres de la gent masculine au cours de la première partie de ma vie sont très banales, dans le sens où c’est le lot de la plupart des femmes. Les « abus » – c’est comme ça qu’on qualifie ces actes aujourd’hui – ont continué avec un garçon qui avait l’habitude de me forcer à l’embrasser (avec la langue) lorsque j’avais environ 5 ou 6 et que nous « jouions » ensemble, lui voulant faire semblant de « faire l’amour » (il avait 3 ans de plus que moi). C’est arrivé plusieurs fois. Et puis il y a eu les brimades à l’école parce que j’étais introvertie, bonne en classe et « pas terrible en sport ». Lorsque j’avais 15 ans, alors que nous étions en vacances en Turquie (dans le cadre d’un voyage organisé), et que nous nous faisions faire des « massages » aux bains turcs, un « masseur » m’a carrément pelotée devant les autres qui, probablement, n’ont rien remarqué. Et puis, toujours en Turquie, il y a eu cet exhibitionniste (membre du personnel de l’hôtel) où nous séjournions qui nous avait montré son sexe, à ma copine et moi, dans les couloirs de l’hôtel. Nous nous étions enfuies en courant, gloussant, mais pas très rassurées, nous faisant peur en nous disant qu’il allait nous attraper.  Un peu traumatisant, comme première vision « live » de l’organe reproducteur masculin. Peut-être que certaines auraient réagi, répliqué, ou lui auraient collé une baffe (je parle du masseur). Mais je n’ai pas osé réagir car je n’arrivais même pas à comprendre ce qui m’arrivait sur le coup. J’avais totalement honte.

Et puis, lorsque j’étais un peu plus âgée, il y a eu les « petits amis ». Le premier m’a appris que l’amour n’était pas un conte de fées à la Roméo et Juliette.

Bref, une série de « petits traumatismes » (même si à l’époque, je ne réalisais pas qu’il s’agissait de traumatismes ou d’abus) comme tant de filles doivent en vivre tous les jours. Et pendant tout ce temps, je me suis tue, n’ai rien dit sur ces « actes communs d’abus sexuels ». Quand on y pense ça peut paraître dingue. « Comment a-t-elle pu le laisser faire ? » « Pourquoi n’a t-elle pas réagi ? » Parce qu’on m’avait éduquée dans ce sens : ne pas réagir, ne pas se défendre, ne pas faire d’histoire pour quoi que ce soit. Et puis, évidemment, j’avais honte. La victime finit par se dire que, d’une certaine façon, elle l’a cherché et le « mérite ».

Au cours de mon adolescence et de mes jeunes années d’adulte, je me suis prise d’intérêt pour la culture gothique, les vampires et tout l’attirail, et me suis scarifiée, comme tant d’ados (la plupart étant des filles, apparemment). Vous voulez juste être mignonne et appréciée, mais comme vous ne pouvez pas vous aimer parce que vous vous méprisez, vous portez un masque, vous créez une fausse image de vous afin d’être accepté. Bien que ce genre de comportement puisse paraître auto-destructeur, je n’ai jamais eu d’intentions suicidaires ; c’était, plutôt, je pense, un moyen de me faire remarquer, d’attirer l’attention, de me rebeller et de sortir la colère rentrée que j’avais accumulée pendant toutes ces années. Les extravertis sortent tout, s’expriment de façon positive, les introvertis refoulent tout à l’intérieur et expriment cette colère contre eux de façon négative. Très commun parmi les jeunes, je le sais – maintenant.

Je me persuadais que le romantisme noir était un mode d’expression artistique, une façon de se distinguer. J’avais des amis dans les Beaux-Arts, me voyais comme faisant partie d’une culture « alternative »… Je voulais donner l’image de quelqu’un qui déteste tout et tout le monde : ainsi, rien ne pourrait m’atteindre. C’était une façon de porter un masque et de refuser de grandir. Bref, une attitude tout ce qu’il y a de plus juvénile et banale même si d’autres l’expriment de façon peut-être moins controversée. Ce comportement « dark » s’est accentué pendant quelques mois, durant une période de transition, après que j’ai quitté la fac et découvert Internet – à l’abri derrière mon ordinateur, je pouvais me « la jouer rebelle », « troller », provoquer anonymement – c’était une sorte de défouloir bien pratique. J’ai dit beaucoup d’absurdités, me prenais pour une « philosophe », feignais sur Internet d’adopter une philosophie sadienne (du marquis de Sade) . C’est embarrassant de relire ce que j’ai écrit à l’époque, maintenant que je suis plus âgée, mais le fait est que je n’étais qu’une jeune fille en mal d’affection et en pleine interrogation sur son avenir, et que je me plantais sur tout. Mais évidemment, j’ai pas mal mûri depuis.

Comme me le disait une véritable amie (Laura) récemment, après que je lui ai parlé de cette brève période de ma vie, qui consistait avant tout à lire des romans goths, à troller sur Internet, postant des idioties sur les newsgroups :

« Tu dois comprendre que nous faisons tous du mieux que nous pouvons avec ce que nous avons et en fonction de ce que nous connaissons/savons à telle ou telle période de notre vie. Lorsque tu étais dans cette phase, tu pensais sincèrement que l’amour, c’était ça (ou du moins le seul amour que tu pouvais mériter), et qu’il n’y avait que comme ça qu’on pouvait l’obtenir.

OK, mais tu as vécu, depuis. J’imagine que tu as une vision différente aujourd’hui surtout grâce à tes enfants. Et tu as fait des efforts considérables pour avancer, afin que tes enfants aient une vie épanouie et soient aimés de façon positive, dans un milieu sain et équilibré. Tu as surmonté d’incroyables obstacles et tu devrais t’en féliciter plutôt que te culpabiliser et te morfondre en repensant à quel point tu étais « conne » lorsque tu étais plus jeune. J’avais tendance à faire ça, moi aussi ; lorsque je repensais à des choses du passé, ça me donnait envie de sauter par la fenêtre. Mais quelqu’un m’a toujours rappelé que j’avais appris à réagir comme ça en raison de mécanismes inconscients qu’on se construit – d’une fausse personnalité – pour se protéger de la souffrance.

Donc tu avais cette fausse personnalité pour te protéger. Tu as adopté une attitude qui, d’une certaine façon, t’a aidée à survivre. Pourquoi ne pas aimer la jeune fille que tu étais à l’époque, qui a fait du mieux qu’elle pouvait pour s’en sortir dans des conditions impossibles ? Et si cette fille n’avait pas fait ça à l’époque, tu n’aurais pas survécu. Tu es quelqu’un de BIEN et une bonne mère, et Dieu merci tu as survécu. Alors aime-la même dans son ignorance et son impuissance à agir différemment à l’époque.

Si tu veux être en colère, sois plutôt en colère contre un système qui crée cette misère et oblige les gens à vivre comme ça. Sois en colère contre les psychopathes qui sont aux commandes sur cette planète. Et reste déterminée à ne pas les laisser te descendre, parce que tu es tous ces gosses, et tu dois leur apprendre à agir différemment. »

Évidemment, je réalise maintenant que tout ce processus d’autosabotage était inconscient – consciemment, je voulais une relation harmonieuse avec un type bien, mais inconsciemment, je choisissais des hommes manipulateurs, autoritaires et « torturés », car ils présentaient une image qui résonnaient avec ma propre vision de l’amour : souffrance et peur constante d’être abandonnée. Le fait que ces hommes projetaient une image de protecteur, de substitut paternel autoritaire et exigeant était aussi ce qui m’attirait.  Je ne pouvais imaginer d’autre alternative ou possibilité.

En rétrospective, je réalise que ce comportement – y compris la fascination pour les « hommes sombres et les trucs sombres » n’étaient que le résultat de ces traumatismes d’enfance et de l’abandon par mon père, et je n’ai réalisé que récemment que ce genre d’état intérieur est très commun chez les autres femmes. Je me suis toujours sentie coupable à cause de ça, à cause du fait que j’étais mauvaise et « sombre » et que, donc, je méritais de « souffrir ». Je ne me rendais pas compte que choisir les mauvais hommes – des hommes que je percevais comme des âmes sombres et torturées  – était un moyen pour moi de tenter de sauver une personne que j’estimais la plus sombre possible afin de me « racheter » moi-même. Je ne réalisais pas non plus que je n’étais pas vraiment « sombre ». Mais je voulais paraître comme tel, car je croyais que c’est ce que j’étais à l’intérieur. Comment pouvait-il en être autrement ? Mon père avait abusé de moi et puis m’avais laissée, alors je me sentais carrément indigne.

J’ai rencontré l’homme – appelons-le Jean – qui est le sujet de ce récit il y a environ 12 ans, sur Internet. Nous étions amis au début, et nous nous mettrions en couple 3 ans plus tard. Il m’a contactée après avoir lu un de mes posts sur un forum Usenet. Nous avons commencé une correspondance par email. Le fait qu’un homme plus vieux réponde au message d’une post-ado qui avait « la rage » aurait dû me mettre la puce à l’oreille !

Dès le début, j’ai trouvé la façon dont il s’exprimait quelque peu bizarre et « décalée ». J’avais la vague impression que quelque chose clochait chez lui, mais bon, je le voyais juste comme un type plus vieux intéressé par la culture gothique, et avec qui je pourrais avoir des conversations passionnantes, etc. Les victimes d’individus pathologiques savent probablement d’expérience à quel point on peut facilement ignorer ce genre de « signaux d’alarmes » à propos de quelqu’un lorsque, dans sa propre vie, on est dominé par la peur et les blessures du passé.

Au fil de nos échanges par email, il a rapidement évoqué sa vie, sa première petite amie (une relation qui l’avait vraiment « affecté », puisqu’il semblait obsédé par ça et en parlait souvent – je réaliserais plus tard que l’obsession est un de ces traits de caractère principaux), et le fait qu’il était malheureux dans son mariage actuel. Il semblait correspondre à cette image du type torturé que je recherchais plus ou moins. Il était plus âgé que moi, ce qui correspondait à mon idée d’un modèle paternel, censé être plus expérimenté, plus sage, plus fort, plus digne de confiance, plus attentionné, etc.

Au début, je n’étais pas attirée par lui – j’étais trop occupée à être « amoureuse » d’un autre. Mais cette relation s’était mal terminée, et il était là… Il était toujours « là pour moi », m’écoutant, m’envoyant des cassettes de musique et des livres, m’invitant au restaurant (tout en étant marié, je le rappelle), faisant preuve de compréhension, toujours prêt à aider. (Ça semble trop beau pour être vrai ? En effet). Nous étions amis (nous communiquions par email la plupart du temps, ou par téléphone), mais je savais qu’il voulait plus que de l’amitié, et qu’il ne serait jamais satisfait de n’être qu’ami avec moi. J’ai coupé le contact pendant quelque temps, mais l’ai recontacté après ma rupture d’avec mon petit ami de l’époque. Mauvaise décision, mais je suppose que je voulais être rassurée, réconfortée, j’avais besoin de parler à quelqu’un – à un ami qui « me comprendrait ». C’était gratifiant – même si légèrement étouffant et troublant – de recevoir autant d’attention de la part de quelqu’un.

Nous nous disputions souvent à propos de la nature de notre relation. Il voulait plus, et l’exprimait d’une façon possessive qui m’incitait à prendre de la distance. Nous jouions au chat et à la souris. Un jour, après une dispute, il a confié qu’il se sentait très mal, comme s’il était sur le point de craquer. Il a mentionné son passé sombre, et à quel point ce passé l’avait affecté et empêché de mener une vie affective épanouissante. Il m’a fait comprendre que j’étais la « clé » qui permettrait d’ouvrir son cœur, de lui redonner espoir, etc. etc. Je suis tombée dans le piège de la pitié.

Voilà un homme qui était prêt à mettre son âme à nu pour moi, qui me faisait suffisamment confiance, pensais-je, pour me raconter ses plus lourds secrets. J’ai senti que je devais l’aider à sortir tout ça, que ça l’aiderait à remonter la pente. Beaucoup de femmes sont comme ça, je n’ai rien d’une exception. Mais ce que j’ignorais à l’époque, c’est que, comme tant d’autres victimes, j’interprétais ce qu’il ne disait PAS selon mon propre paysage intérieur… je remplissais les « blancs » de ses non-dits. Une fois encore, l’ignorance de la pathologie est une chose très dangereuse.

Bref, il a commencé à me raconter son enfance et ses années d’adulte. La plupart de cette confession était centrée sur ses échecs sentimentaux, et était très sexuellement connotée. Tout était pratiquement centré sur le sexe. Certains faits étaient vraiment perturbants, mais je me suis dit qu’il avait agi ainsi parce qu’il souffrait – c’est ce qu’il me disait. Il insistait sur SA souffrance, pas sur le fait qu’il avait fait souffrir d’autre personnes. Je ne le réalisais pas à l’époque, car j’étais trop jeune, immature et sans expérience concrète de la vie, et j’ignorais tout de la pathologie et de la façon dont elle s’exprimait. Ces réalisations viendraient plus tard, en lisant des livres et en partageant mon expérience avec d’autres femmes (certaines du forum Cassiopaea, ou sur d’autres forums et sites Web) qui avaient vécu des expériences similaires.

Il se trouve que j’ai en ma possession cette « confession » effroyable, qu’il m’a envoyée il y a des années, où il se présente comme la victime, dans une série de frasques totalement abjectes. Je vais la publier dans un article à part, afin que le lecteur se faire une idée du paysage intérieur de ce genre de personne. Il est tellement doué pour manipuler que je pense que même les femmes qui n’ont pas subi de traumatisme (bien que ce soit le cas de la plupart des femmes), mais qui ont un cœur auraient pu aussi tomber dans le piège et l’auraient pris en pitié, comme je l’ai fait moi, après avoir lu ces horribles révélations.

Étant donné mon ignorance et ma jeunesse, et du fait qu’il n’y avait aucun homme dans ma famille pour me mettre en garde contre lui, aucun modèle masculin pour me montrer à quel point Jean était anormal, il est facile de voir de quelle façon j’ai pu me faire avoir.

Mais voilà comment Jean fonctionne : il s’en prend aux femmes seules, aux personnes qu’il perçoit comme faibles : les jeunes filles, jeunes femmes, enfants et mères célibataires (le cas de son ex-femme). La plupart, des femmes avec un cœur d’artichaut et un grand besoin d’aimer et d’être aimée.

Avec le recul, il est parfaitement compréhensible qu’il ait choisi d’attaquer Laura et sa famille avec tant de rage : il déteste les gens – en particulier les femmes fortes et déterminées. Il perçoit les femmes fortes comme une menace à ses entreprises de manipulation, à son « pouvoir » sur autrui. Il s’attaque aux « jeunes filles » et aux enfants parce qu’il pense qu’ils sont facilement manipulables. J’étais une jeune fille qui est finalement devenue une femme (il n’est jamais trop tard), ce qu’il ne peut supporter, car cela signe la fin de son emprise sur moi. Et il hait les gens qui m’ont soutenue le plus, avec la rage d’un enfant gâté qui fait une crise de colère.

Il ne supporte pas que je n’aie plus besoin de lui, que je n’aie plus de sentiment pour lui, autre que de la colère et du dégoût pour ce qu’il a fait et ce qu’il est.

N’étaient les hommes que j’en suis venue à connaître via le forum Cassiopaea (où les individus pathologiques se font rapidement éjecter) et qui sont devenus des amis, et d’autres hommes biens que je rencontre tous les jours et perçois maintenant avec les yeux d’une adulte et non ceux d’une enfant blessée, j’aurais désespéré des hommes, après mon expérience avec lui et tous les déviants que j’ai rencontrés sur mon chemin vers la maturité.

Au sujet de sa confession, que je publie séparément, comme déjà mentionné… c’est vraiment pénible de remettre le nez dans cette m….., de penser à toutes les victimes qu’il a créées sur son chemin destructeur – comme son ex-petite amie, qu’il a rencontrée alors qu’elle était ado (et apparemment déjà fragile), et qui a maintenant de gros problèmes psychologiques… au point que sa propre mère ne veut plus jamais lui parler de lui. Selon un rapport d’enquête privée, cette mère a décrit Jean comme un homme dangereux qui avait battu sa fille. Lors d’un incident, sa fille était venue se réfugier chez elle, et « Jean » l’avait poursuivie. Il avait renversé des objets, avant de se taillader avec du verre.

Quant à son ex-femme, elle a jeté Jean dehors. D’après les informations que j’ai pu recueillir, la gendarmerie a dû être appelée parce que Jean « rechignait » à cette séparation. Ce genre de type, une fois qu’ils vous ont pris dans leur toile, ne vous laissent pas partir aussi facilement. Si vous êtes seule, sans homme dans votre famille pour vous protéger ni réseau de vrais amis pour vous aider, c’est encore plus difficile.

Je regrette de ne pas avoir eu les connaissances nécessaires et le courage à l’époque de parler à ces femmes – ses autres victimes. Mais comme vous le savez sans doute si vous aussi êtes une victime, ce genre d’homme fait tout pour vous isoler, pour se dépeindre comme la victime, et vous empêche de rencontrer ou rechercher d’autres femmes avec qui en parler. Autrefois, les gens se rassemblaient pour échanger des observations et des données. Aujourd’hui, les individus pathologiques qualifient ces habitudes de « commérages ». Vous vous retrouvez donc à tourner en rond, dans l’isolation et la peur, sans pouvoir vraiment échanger ou collaborer « en réseau » avec quiconque.

Le but de ce témoignage est de mettre fin à ça. Je veux que toutes les victimes qui ont eu le malheur de croiser la route de cet individu sachent qui il est vraiment. Et j’espère que de nombreuses autres victimes, des victimes potentielles et des gens qui ont souffert d’individus pathologiques tels que lui seront capables d’apprendre de mes erreurs et de guérir, comme moi, ici.

Pénétrer en profondeur dans la psyché des individus pathologiques qui s’en prennent aux femmes n’est pas chose facile. Mais je peux vous assurer que c’est extrêmement libérateur. Je voudrais prévenir le lecteur, en particulier les femmes, qui vont lire cette confession, qu’elle est vraiment infâme et qu’elle fiche la nausée. Elle est totalement centrée sur le sexe et l’objectivation des femmes. Elle décrit l’inceste et les abus sexuels. Mais le récit est tellement tordu et plein de stratagèmes pour vous accrocher que si vous êtes jeune et n’avez pas d’expérience – même théorique – de la pathologie, vous tombez dans le piège et finissez par compatir, éprouver de l’empathie pour le monstre parce qu’ils se présente comme une victime, et il le fait tellement bien. Les femmes qui ont été victimes de tels hommes comprendront de quoi je parle. Ils vous prennent par la pitié  – l’arme la plus efficace que le psychopathe ait dans son arsenal.

Comme je l’ai dit, je partage cette confession publiquement car je pense qu’elle pourra aider d’autres femmes, ex-victimes ou victimes potentielles de personnes pathologiques, à voir, de l’intérieur, la façon dont ce genre de prédateurs opèrent. Cette confession écrite par Jean – même si on peut supposer qu’il a pas mal menti sur le rôle qu’il a joué dans ces divers drames, ou sur son niveau de responsabilité, ou même sur la gravité de certains de ces actes – constitue un matériel inestimable, car elle nous permet de rentrer dans la tête d’un prédateur humain.

Je dois ajouter que la confession de Jean se terminait par une déclaration d’amour pour moi. Il disait combien il regrettait d’avoir eu tant de haine en lui, d’avoir fait du mal à son humanité. Il affirmait que maintenant qu’il m’avait rencontrée, il voulait « y faire du bien ».

Je suis tombée dans le piège. J’avais vraiment pitié de lui, et je le trouvais courageux de me confier toutes ces choses horribles.

Voilà ce que je lui ai écrit après avoir lu sa confession :

Non, ça c’est pas de l’expression, c’est de la vomissure : on vomit sa bile, sa haine, sa peur, sa rancoeur etc…on recrache tout ce qui est indigeste, et qui nous étouffe. On se décharge, on se déleste de tout ce qui nous encombre et pollue notre âme!  Maintenant que t’es plus léger, tu vas pouvoir t’exprimer. J’ai bon là ?

Sa confession a remué quelque chose en moi : l’idée de quelqu’un qui avait eu un passé sombre mais qui voulait se racheter me semblait stimulante et, en même temps, il n’y avait rien à craindre, parce qu’après tout, il avait apparemment changé et c’étaient des choses qu’il avait faites il y a longtemps et qu’il regrettait, et maintenant c’était fini. Alors pas besoin de s’inquiéter et d’avoir peur, non ?

Je veux vraiment souligner le fait qu’il m’a vraiment prise au piège via mon manque de père. Combien de femmes sont comme ça ? Et ce genre d’hommes se servent de ce besoin d’être aimé et soutenu, en revêtant le masque de « l’homme bien » – attentionné, doux et à l’écoute. Le style « je suis là pour toi » ; vous écoutant, gagnant votre confiance, recueillant vos confidences, vos besoins et peurs secrets. Plus ils ont d’informations, plus ils peuvent vous manipuler. Et vous êtes si jeune et en besoin du père que vous n’avez jamais eu, si désireuse de faire confiance… bref, c’est comme ça qu’ils vous piègent.

À leur tour, ils vous raconteront alors à quel point eux aussi ont été traumatisés par leur passé, ils vous diront qu’ils ont été utilisés et manipulés par d’autres femmes à qui ils avaient donné leur cœur. Et, bien évidemment, toutes les autres femmes ne valent rien, tandis que vous, vous êtes L’Élue.

J’ai récemment découvert que, lorsque ses plans me concernant risquaient de tomber à l’eau (après tout, ça a pris des années), il jouait le même jeu avec d’autres jeunes femmes qu’il contactait via des newsgroup Goth et auprès de qui il commençait à évoquer son passé, comme il le faisait avec moi !

En survolant des archives emails, j’ai aussi récemment découvert plusieurs échanges « troublants » entre Jean et son amie/confidente de l’époque (une femme auprès de qui il se faisait passer pour un pauvre cœur solitaire qui ne cherchait qu’à aider, me décrivant moi comme une conne immature qui osait résister à ses « charmes »). Ces échanges ont eu lieu alors que je vivais à Londres. Son amie/confidente était censée me rendre visite (je la connaissais un peu, ayant eu des échanges par email et par téléphone avec elle). Mais ce que j’ignorais, c’est qu’ils prévoyaient en secret de venir ensemble à Londres. Lire ces échanges m’a glacé le sang.

 Amie de Jean : si je lui téléphone et lui demande de venir nous attendre à la gare d’arrivée, elle va se douter que j’ai vendu la mèche…tu vois le truc ? Pas folle la guêpe !!!

Jean : faites en sortes toute deux, de convenir de choses et d’autres…

Moi je ne suis au courant de rien, et je l’apprend au dernier moment comme d’hab.

Amie de Jean : Je veux bien garder cette bonne influence, mais imagine une seconde qu’elle me dise, désolée, je ne veux pas le voir…

Je fais quoi ?…

Jean: Rien, ou une paire de claque, je ne sais pas ; mais ce que tu dis ensuite me met un peu en rage, très franchement je l’aurai en face de moi je lui demanderai : “Mais pour qui tu te prends ?”

(…) Portable ? elle m’en a parlé, elle souhaitait prendre un moyen de communication de ce genre en effet, (…)

Amie de Jean : ben si, elle en a un…mais confidentiel…tu vois ?…

Jean : mouais, c’est vraiment une petite conne.

La je suis un peu moins zen, mais je vais garder mon calme…

Je veux vraiment la coincer…

Ah, je vais être vicieux certes…

Pour qu’elle est un peu de conscience et de plomb dans la tête

Merde, ca se mange froid ce plat là.

(…) non, non, nous nous organisons, juste une occasion, c’est elle qui est accessoire. ca tombe bien je ne suis jamais allé en Angleterre…

Amie : Bon, je ne trouve pas sympa la façon dont tu parles d’elle…je peux la

défendre ?…:) car je n’aimerais pas que quelqu’un pense ça de moi (…)

Jean : (…) Tout ce que je souhaite c’est avoir les canines assez affutées pour la mordre…

Argh, je voudrai lui injecté un poison, pour qu’elle me supplie ensuite.

Non mais, elle vraiment beaucoup plus abrutie que je ne le croyait.

(…) le piège absolu serait, on prévoit d’aller tout les trois faire telle visite et en fait tu te désistes…

Amie : pas de problème pour moi mais tu ne pourras pas le faire 2 fois à la suite, elle n’est pas bête….:)

Jean : Si, si elle est très bête… Naïve, comme je la connait, elle pensera jamais que nous ne parlons que d’elle, et que l’on fait des messes basses… Dans son esprit, des gens qui discutent entre eux c’est forcément qu’ils se draguent, donc : normal pour la première question qu’elle t’as posée. Elle est pas d’équerre je te le rappelle…

Un autre extrait d’échange concernait son ex-petite amie (mineure à l’époque) :

Jean : elle 17 moi 25, (…)

Amie : et allez, détournement de mineur en plus…:)

Lui: heu, c’est elle qui (l’a) cherché, et elle ne s’est pas privée d’efforts, crois moi, bon je raconterai ca une autre fois…

Mais j’avais vraiement rien demandé moi, mais j’ai tout appris avec elle. Etc.

 

Un autre exemple plus récent du comportement pathologique de Jean et de sa tendance prononcée à accuser la victime concerne ma fille : elle a assisté aux crises de Jean plus d’une fois, des crises de colère extrêmes et parfois physiquement violentes, pendant des années avant que j’aie finalement le courage de demande à Jean de partir. A votre avis, dans quelle mesure ce comportement a-t-il affecté ma fille ?

Elle a des crises de colère occasionnelle où elle crie et veut casser des choses.

En outre, l’an dernier, Jean a agressé quelqu’un physiquement devant les enfants.

Vous voyez la relation ?

Lui, non. Il me blâme, arguant que c’est à cause de la séparation, qui aurait « traumatisé » les enfants et causé des problèmes de « colère » chez me fille.

C’est le genre de logique que je dois supporter. Toute discussion rationnelle est virtuellement impossible avec ces individus. Leur « logique » est tellement tordue que vous finissez par vous taper la tête contre les murs. Ils sont très forts pour tout déformer, vous faire prendre des vessies pour des lanternes, vous faire croire que c’est votre faute, tout en jouant les innocents et les « je ne comprends pas, pourquoi refuses tu de me parler » ? (alors que lorsque vous étiez ensemble et que vous tentiez de leur parler, ils refusaient d’écouter, ce qui est précisément la raison par laquelle vous les avez quittés). Le but de ce comportement est de vous mettre en colère, afin qu’ils puissent dire à tout le monde : « Vous voyez ? Voyez comme je suis rationnel et raisonnable, et à quel point elle est hystérique ? Franchement, elle a complètement perdu la tête avec cette secte de malades, hein ? »

Jolie manœuvre, non ? Très prisée des manipulateurs, psychopathes ou pervers narcissiques, tels que les appelle MF Hirigoyen dans son ouvrage Harcèlement moral.

Après des années durant lesquelles il a totalement ignoré mes sentiments et mon besoin de parler, ainsi que le bien-être des enfants, il joue maintenant les types « inquiets » et soucieux qui veulent « discuter ». Mais discuter sous ses propres conditions, bien entendu, ce qui se traduit par : « J’ai raison. Tu as tort. Tu es dans un secte, je vais t’éduquer afin que tu admettes finalement que j’ai raison, tu seras de nouveau sous mon emprise, et tout ira bien. » Très similaire à ce qu’il a écrit à propos de moi dans l’échange reproduit plus haut : « Tout ce que je souhaite c’est avoir les canines assez affutées pour la mordre…

Argh, je voudrai lui injecté un poison, pour qu’elle me supplie ensuite. »

La seule façon de gérer ces manipulateurs est de ne PAS les confronter. Sinon, vous finissez vidé, bouleversé et en pleine confusion.

Bref, j’en reviens à mon récit. Une relation amoureuse a débuté entre nous. J’espérais en quelque sorte le « réparer » et qu’il me « répare », et recevoir l’amour dont il semblait vouloir m’abreuver ! Même si j’avais des doutes et certaines réserves, comment ne pouvais-je apprendre à aimer quelqu’un qui prétendait, lui, m’aimer tellement ?

Sans surprise, il y avait des signes de dysfonctionnement depuis le début, mais, de par mes relations passées, complètement désastreuses, je supposais que c’étaient là les petits heurts normaux propres à n’importe quelle relation. Toujours affectée par mes relations précédentes et mes propres faiblesses dues à mes blessures d’enfance, j’ai essayé de correspondre à l’image qu’il voulait / se faisait de moi, en vain (c’est comme ça que ça marche avec eux : vous avez beau essayé, ce que vous faites ou êtes n’est jamais assez bien pour eux). Cela déclenchait des disputes entre nous, qui se terminaient par des abus verbaux. Mais on se réconciliait, et j’étais « amoureuse », donc j’ai rapidement appris à mettre un voile sur ces dysfonctionnements. Je suis restée dans cette relation malheureuse à cause des mes propres blessures qui me donnaient une fausse idée de l’amour, et parce que je n’avais jamais vraiment connu autre chose. Je pensais aussi que fonder une famille – quelque chose qu’il avait évoqué dès le début de notre relation – réglerait les choses et améliorerait les choses pour moi comme pour lui, guérirait nos blessures à tous les deux.

Lorsque je suis tombée enceinte, il était enthousiaste et heureux, et moi aussi, même si j’étais évidemment nerveuse.

Puisque je faisais de mon mieux pour correspondre à l’idéal qu’il se faisait de moi, la plupart du temps ça se passait à peu près bien, il était « gentil » et me laissait un semblant de liberté et suffisamment d’espace pour respirer – un moyen de s’assurer que je reste avec lui. Du moment que je ne me rapprochais pas trop des autres (amicalement parlant) ou que je ne « socialisais » pas trop, ça allait. Mais lorsque je tentais de poser des limites, c’est là qu’il commençait à exercer son contrôle, arrivant à me faire me sentir coupable si j’osais mettre en doute son comportement autoritaire et montrer des signes d’indépendance d’esprit. Après vous avoir avoir eu par la pitié, ils jouent le coup de la culpabilité. Mais la culpabilité n’est bonne que pour vous. De son côté, Jean ne voyait aucun problème à consulter des sites de rencontre douteux ou à tenter de contacter une vieille « connaissance féminine » en douce, alors que je venais juste de tomber enceinte. Lorsque je l’avais découvert, il m’avait expliqué que j’étais distante ces derniers temps, et que c’était donc normal qu’il agisse de cette manière. Après tout c’était ma faute, non ? J’aurais dû songer à satisfaire ses besoins ! Une femme se doit de faire ça – peu importe qu’elle soit enceinte et que ce soit elle qui ait besoin de soutien –, si elle veut « garder un homme ».

Mais bon, il me fallait continuer à croire que je l’aimais, et la plupart du temps, ça se passait à peu près bien entre nous – avec plein d’« émotions » et de frissons – alors « pourquoi s’inquiéter » ? Aucune relation n’est parfaite.

Lorsque notre fille est née, c’est là que les choses ont commencé à changer. J’ai progressivement commencé à réaliser certaines choses sur moi, sur l’amour, sur mes anciens préjugés et aprioris sur la vie. C’était la première fois où, dans ma vie, j’étais capable de donner de l’amour à quelqu’un de façon totale et inconditionnelle, à ma manière, en tant que moi, sans peur d’être rejetée ou jugée. Par la maternité, j’ai appris que je n’avais pas besoin de correspondre à un idéal, de donner telle ou telle image de moi, que je pouvais être moi-même avec cet enfant. Je pouvais donner tout l’amour que j’avais en moi, sans restriction. C’était comme un souffle d’air frais. Cela a commencé à me faire réfléchir à ma propre enfance, à mes relations et attitudes passées.

Mais ma joie d’être maman était quelque peu gâchée par des attitudes autoritaires et abusives de la part de Jean. Par exemple, lorsque notre fille avait quelques jours, il m’a empêchée de l’allaiter parce qu’elle « criait trop ». Il l’a prise dans les bras et l’a sermonnée, comme s’il essayait de raisonner un enfant plus âgé. Je l’ai imploré de me la donner (j’étais au lit) afin qu’elle puisse téter, mais il a déclaré que c’était lui qui déciderait QUAND me la donner. Finalement après plusieurs minutes de torture mentale, il m’a donné le pauvre bébé hurlant et affamé. J’étais à la fois soulagée en la prenant et effarée par son comportement. Mais j’ai fourré cet incident sous le tapis car il pouvait être « si gentil », aimant et attentif envers ce bébé à d’autre moments.

Ce comportement était vraiment un signal d’alerte mais je ne voulais rien voir. Baignant dans les « hormones » de la maternité ( j’allaitais ma fille), je me consacrais entièrement à ma fille, et fermais les yeux sur son comportement. Je ne vois pas comment j’aurais pu agir autrement à l’époque, étant donné les circonstances. Et je « l’aimais » encore suffisamment pour excuser son comportement, pour le prendre en pitié. Après tout, lui aussi avait souffert, et financièrement parlant, notre situation était difficile.

Donc je voulais m’accrocher, arranger les choses, malgré ses crises et son comportement rigide et parfois irrationnel.  Jean avait tendance à passer d’un état de colère terrible où il insultait tout et tout le monde, à un calme apparent et une attitude normale, comme si rien ne s’était passé. Cela m’inquiétait, mais à nouveau, j’ai fourré ça sous le tapis, parce qu’il pouvait être « tellement normal » la plupart du temps, du moment que je (ou quiconque) ne faisais rien pour le « provoquer ».

J’étais souvent frustrée parce qu’il ne voulait pas vraiment m’écouter quand je voulais parler de mes sentiments. Il m’a même houspillée un soir car il voulait avoir des relations sexuelles avec moi et je lui avais dit que je n’en avais pas envie, parce que c’était une période où je repensais à l’incident avec mon père, et j’essayais de faire un travail personnel là-dessus, de comprendre, d’évacuer ça. Je voyais que ça m’affectait toujours malgré les années passées.

Il a balayé mes sentiments et m’a houspillée, disant que je ne devrais pas m’inquiéter de ça, qu’il ne fallait pas en faire toute une histoire, et que, en bref, j’étais une rabat-joie qui l’emmerdais avec mes problèmes.

Ça m’a fait mal mais je n’ai rien dit. Je sentais juste, assez confusément, qu’un gouffre se formait entre nous, mais je n’osais pas l’admettre : je voulais toujours faire semblant que tout allait bien. Je voulais correspondre à l’image d’une femme qui avait réussi sa vie affective, qui n’avait pas répété les « erreurs » de sa mère. Je me disais même souvent : OK, ma grand-mère a perdu son mari (mort d’un cancer quand ma mère avait 14 ans), le frère de ma mère est mort d’une tumeur au cerveau, laissant ma tante veuve, ma mère a divorcé, mais pour moi ce sera différent. Je ne vais pas finir seul comme elles, que ce soit par la mort, l’abandon ou le divorce.

Alors je me suis accrochée. Je suis à nouveau tombée enceinte alors que notre fille était encore petite (malgré que Jean et moi étions sexuellement distants depuis quelque temps). J’étais à deux mois de grossesse quand je l’ai appris – j’avais fait un test sanguin à un mois de grossesse, mais le résultat s’était avéré négatif (un faux-négatif). Même si Jean avait évoqué plus d’une fois son désir d’avoir un autre enfant, lorsqu’il l’a appris, il m’a blâmée de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour l’éviter – alors qu’il s’avait que je ne souhaitais pas prendre la pilule, à cause de la crainte des effets secondaires (je parle d’expérience), et que bien que j’aie considéré d’autres moyens de contraception, j’avais quelques réticences et inquiétudes d’ordre médical à leur sujet. Évidemment, c’est toujours à la femme de s’occuper de ce genre de choses, non ?

Il a réagi violemment lorsque je lui ai dit que je souhaitais garder cet enfant. Lors d’une violente dispute, il a même dit qu’il ferait mieux de me quitter et de me laisser me démerder toute seule. J’étais désespérée, mais je voulais quand-même garder cet enfant (je ne me voyais pas avorter à deux mois de grossesse après avoir fait une échographie et entendu battre le cœur du bébé !). Après cette crise, il a fini par se calmer (un autre signe de comportement irrationnel) et a paru accepter cette grossesse. Mais le gouffre s’était encore agrandi.

Bien que la grossesse se soit bien passée physiologiquement parlant, c’était le grand-huit psychologiquement parlant. Vers la fin du terme, le bébé n’était toujours pas né, et je devenais de plus en plus angoissée. Je devais faire des contrôles à l’hôpital tous les deux jours pour s’assurer que le bébé allait bien. Jean m’a réprimandée et m’a blâmée de ne pas accoucher « à l’heure dite », lui causant des problèmes, en bref, d’être un véritable fardeau pour lui. Pas les meilleures conditions pour attendre la venue d’un autre enfant tout en s’occupant d’un enfant en bas âge.

Les contractions ont finalement débuté naturellement, 12 jours après la date prévue. Sans aller dans les détails, je veux juste dire que lorsque ce petit garçon est né, ce fut le deuxième plus beau jour de ma vie (le premier étant bien évidemment la naissance de ma fille). À nouveau, cette sensation de plénitude, l’impression que l’amour pouvait être simple, chaleureux et attentif, que je pouvais aimer et être aimée sans la pression de me sentir sexuellement désirable.

J’étais d’autant plus attachée à cet enfant que Jean montrait une indifférence quasi totale à sa naissance. Je me sentais vraiment mal pour ce bébé pour lequel j’avais tant espéré un foyer et une famille stables.

L’arrivée du bébé n’a pas amélioré les choses à la maison, loin s’en faut. Après être revenus de la maternité (environ une semaine après mon accouchement par césarienne), alors que j’avais le bébé dans les bras, il m’a hurlé dessus – il était très énervé parce qu’il n’arrivait pas à démonter un meuble (on est vraiment dans le « tragi-comique »). Il a hurlé, devant ma fille d’un an et demi, que tout était ma faute, que ÇA (en référence à moi, les enfants, la situation financière dans laquelle on se trouvait à l’époque) était MA merde et que je ferais mieux de me bouger pour arranger les choses. On aurait dit que les enfants et moi étions un fardeau pour lui, qu’on l’empêchait de « faire les choses » (quelles que soient ces choses). Des années plus tard, j’apprendrais par ma mère que pendant que j’étais à la maternité, il lui avait dit que ce serait mieux pour tout le monde s’il nous quittait, moi et les enfants, qu’il ne pouvait pas gérer tout ça, qu’on serait mieux sans lui. En rétrospective, si seulement il avait pu faire ça ! Mais c’était probablement une astuce de sa part pour susciter la pitié.

J’étais totalement désemparée. Je ne pouvais pas comprendre comment il pouvait paraître si « normal » et agréable un instant, et l’instant d’après être si horrible et abusif. Souvent, après l’une de ses crises (la plupart du temps à propos de quelque chose d’insignifiant, pas d’un sujet sérieux – parler de ce qu’on ressent n’était pas considéré comme un sujet digne d’intérêt), j’avais l’impression d’être dans une maison de fous. Une fois, après l’une de ces crises insensées au milieu de la nuit, je me suis même dit qu’un jour il perdrait complètement la tête et nous tuerait les enfants et moi dans notre sommeil. J’ai commencé à ressentir une angoisse permanente, insidieuse.

C’était comme de vivre et marcher constamment sur des sables mouvants. On ne sait jamais ce qui va vous tomber dessus, si on va se faire avaler par cette folie qui se manifestait par ce comportement totalement déroutant.

Je prenais note de ses crises, soulagée et reprenant espoir lorsque je connaissais un mois de calme relatif – « ouah, retiens ton souffle, peut être que cette fois ça va durer », me disais-je. Et bien sûr, je m’épuisais à tenter d’éviter ces crises, à marcher « sur la pointe des pieds ».

En rétrospective, je suis bluffée par ma « capacité » à avoir endurer tout ça pendant si longtemps. Le truc, c’est que je me sentais coincée, avec deux enfants en bas âge, vivant en milieu rural, loin de ma famille. Je pense aussi que mes expériences précédentes avaient élevé mon seuil de tolérance aux abus. J’avais fini par les accepter, d’une certaine façon – de la même façon que ma grand-mère avait accepté d’être maltraité par son frère alcoolique (qui a vécu chez elle pendant presque toute sa vie, car il n’a jamais su se débrouiller tout seul dans la vie) pendant des années… avant de l’envoyer dans la tombe.

Pour en revenir à mes enfants, mon amour pour eux m’avait fait prendre conscience de certaines choses : maintenant que j’étais maman, j’avais besoin de « mûrir » et de sortir de mon comportement et de mes attentes infantiles, pour le bien des enfants. J’avais besoin de faire une croix sur le besoin de trouver un père que je n’avais jamais eu. Cela n’allait jamais arriver, parce que ça ne marche pas comme ça. C’était ce besoin qui m’avait fait rechercher des hommes autoritaires et abusifs tout du long. Ces réalisations étaient encore vagues dans mon esprit, mais doucement, mon besoin d’une relation équilibrée est devenu de plus en plus évident. Je revoyais mon passé et toutes les erreurs, les aprioris, les préjugés sur la vie, les mensonges qu’on se dit à soi-même, etc. Je réalisais aussi petit à petit que j’étais vraiment seule dans cette relation, qu’il n’y avait que des échanges superficiels, pas de lien véritablement profond, de compréhension, de véritable intimité, de respect entre nous ; bref, pas d’amour.

Plusieurs mois après la naissance de notre deuxième enfant, tout en trouvant du réconfort et en m’épanouissant dans la maternité, j’ai commencé à chercher un moyen de sortir de l’isolation à laquelle les tendances antisociales de Jean nous avaient soumis (et qui avait fait que certains de nos amis – communs ou non – avaient rompu le contact avec nous en raison de son comportement). J’ai commencé à explorer les forums Internet, à me plonger à nouveau dans les livres. C’est comme ça que je suis tombée sur le forum Cassiopaea, parmi d’autres forums et sites Web traitant de sujets allant de la littérature et du cinéma aux OVNIs en passant par la psychologie. Les sujets débattus sur Cassiopaea m’intriguaient, car j’ai toujours eu un esprit ouvert ET critique. J’aime les défis intellectuels, et je n’ai pas été déçue ! Histoire, science « pure », psychologie, spiritualité, parnormal… tous ces sujets traités d’une façon totalement scientifique. C’était rafraîchissant. Mais j’ai également rejoint le forum en partie parce que pour moi, c’était la seule manière d’avoir un contact humain normal sans l’interférence destructrice de Jean.

Je ne m’attendais pas à découvrir ce que j’ai découvert sur ce forum : un réseau de personnes issues du monde entier, intéressantes, drôles, honnêtes et attentives qui, comme moi souhaitaient partager des informations, échanger des idées, parler de leur vie dans un environnement sûr, etc. L’environnement était stimulant, l’atmosphère très conviviale, et plus que tout, ce forum était orienté famille : décence, respect d’autrui, amour et affection véritables étaient mis en avant. Un langage ordurier n’était absolument pas toléré. Pensez à tout ce à quoi vous ne voudriez pas exposer vos gosses : vous ne les trouverez jamais sur Cassiopaea ! En même temps, ce forum n’était pas restrictif ni intellectuellement élitiste ; il était juste demandé aux membres de satisfaire aux critères qualifiant un comportement normal et décent, humain. Comportement qui manque cruellement dans notre société actuelle. J’ai senti un tel soulagement à l’idée d’avoir enfin des échanges normaux, au milieu de cette folie à la maison. Par-dessus tout, cette participation sur le forum ouvrait de nouvelles perspectives intellectuelles pour moi : je pouvais explorer des sujets dont je n’aurais jamais pensés qu’ils m’intéresseraient, surtout dans le domaine de la psychologie, de la politique et de l’Histoire.

Dans ce cadre, j’ai commencé à relire des livres de psychologie, notamment sur les traumatismes d’enfance, et ça a vraiment mis les choses en perspective, eu égard à mes propres blessures d’enfance. En commençant à explorer ces traumatismes via ces livres et les discussions avec des membres du forum qui eux aussi partageaient leurs expériences et traumatismes, j’ai voulu partager mon enthousiasme avec Jean – je pensais que lire ces livres  pourrait l’aider à explorer ses propres problèmes. Mais il ne semblait pas intéressé, alors je n’ai pas insisté.

Lorsqu’il était dans son « mode normal », nous échangions sur divers sujets, entre autres politiques, et nous avions en apparence les mêmes opinions – même s’il semblait plus radical que moi (et que les membres du forum), car il admirait les modes violents de contestation et d’anarchie. Ça m’inquiétait quelque peu, même si ça correspondait parfaitement à sa tendance aux crises violentes et à blâmer tout le monde (des « ennemis » extérieurs).

En me faisant des amis sur ce forum et en partageant avec eux sur des sujets qui n’intéressaient pas Jean – car quand je tentais d’en parler, il m’ignorait, irrité – j’ai réalisé à quel point ce gouffre entre nous était devenu grand ; trop grand pour être comblé. J’ai réalisé que j’avais désespérément besoin de quelque chose de plus profond dans une relation.

En outre, il me blâmait d’être une mère au foyer prenant soin des enfants pendant qu’il « subvenait » aux besoins de la famille – ce qui n’est pas tout à fait le cas : non seulement je l’aidais dans son activité (réalisant des traductions et gérant certains sites dont il avait la charge, contactant des clients, donnant des cours d’initiation à l’Internet, rédigeant des courriels, etc), mais il a aussi beaucoup profité de l’aide financière de ma mère et parfois de ses parents, bien qu’il n’ait jamais eu un mot de gratitude envers eux et qu’il les ait souvent traités de « cons ». C’est différent maintenant, d’ailleurs : puisqu’il a dû dépendre de ses parents lorsque je lui ai demandé de quitter la maison, il est maintenant le fils « parfait ». Cette capacité à changer de masque à volonté ne cessera jamais de m’étonner.

Bref, sur le forum, je me suis fait beaucoup d’amis. Je voulais un peu rendre la pareille, offrir mon aide, en échange de tout ce que j’avais reçu gratuitement. Je me suis proposée pour faire des traductions ; j’ai une passion pour la traduction, et j’ai tout de suite pensé que ce serait génial de rendre plus de matériel dispo aux lecteurs francophones, et aussi d’avoir plus d’expérience afin de chercher un travail dans ce domaine – chose qui ne lui plaisait pas du tout, car il détestait l’idée que je puisse être indépendante, qu’importe s’il m’accusait sans arrêt de ne pas travailler ! (D’ailleurs quand, quelque années plus tard, je lui ai parlé de mon souhait de me séparer de lui et de me débrouiller seule, il m’a répondu : « Tu tiendras pas trois jours ».) J’ai commencé à avoir un peu plus confiance en moi et, au bout de quelque temps, ai commencé à évoquer mes problèmes de couple auprès de certains membres du forum qui avaient vécu des relations similaires.

Je leur ai parlé du comportement rigide et abusif de Jean que je ne pouvais plus tolérer et que j’étais incapable de changer, quoi que je fisse. J’ai décrit ses crises de colère à la maison et aussi devant sa famille. J’ai aussi parlé de son comportement parfois irrationnel et pour le moins inquiétant. J’ai décrit la façon dont il pouvait paraître totalement normal la plupart du temps et, comme si une mouche l’avait piqué, agir de façon incohérente, avec une violence hors de proportion avec ce qui selon lui l’avait « provoqué ». C’est d’ailleurs ce comportement irrationnel, cette impossibilité à discuter et à échanger de façon normale et censée qui m’inquiétaient le plus.

J’avais réussi à trouver de vrais amis en me débrouillant comme je pouvais avec les moyens que j’avais, vu que Jean m’isolait de ma famille (la critiquant) et m’avait coupée de mes anciens amis. Si vous vous retrouvez seule à subir la domination et l’emprise de ce type d’individu, il est essentiel de trouver des amis, des personnes censées qui peuvent partager leurs expériences et vous soutenir. Les types pathologiques détestent ça !

Comme je l’ai dit, j’ai décrit toutes ces choses à quelques membres féminins du forum en qui j’avais confiance – certaines de ces femmes étant psychologues. Elles m’ont encouragée à essayer d’arranger les choses, ce que j’ai tenté de faire pendant quelque temps, avec leur soutien. Le fait est que la relation a duré 2 années de plus qu’elle ne l’aurait fait si ces personnes n’avaient pas été là pour me soutenir et tenter de m’aider à arranger les choses avec Jean.

Finalement, quand j’ai déterminé que, depuis 11 ans que je le connaissais, rien de ce que je faisais n’allait changer quoi que ce soit et que la relation s’était détériorée davantage, j’ai décidé que, après tout, j’étais un être humain « valable » et que je ne méritais pas de vivre dans une relation abusive et sans amour.

J’ai finalement réalisé (il n’est jamais trop tard, je suppose) que j’en avais assez de ce comportement dingue, et que le quitter était le seul moyen de trouver un équilibre personnel, une stabilité, dans l’intérêt des enfants. J’ai décidé d’en finir. Remarquez que j’ai pris la décision seule. Personne ne l’a prise pour moi, contrairement à ce qu’il le prétend de façon si abjecte. Je suis bien trop obstinée pour laisser quelqu’un me dicter ce que je dois faire dès lors qu’il s’agit des enfants. Même si on avait essayé – ce qui ne peut être plus éloigné de la vérité – j’aurais toujours eu le dernier mot. Mais il ne peut l’accepter, car ça voudrait dire qu’il doit prendre sa part de responsabilité de l’échec de notre relation, chose dont il s’est avéré incapable.

L’un des déclics pour prendre cette décision est qu’il a un jour fait une remarque déplacée devant les enfants. Il a dit que mon fils aimait que je l’essuie après qu’il a été sur le pot, qu’il appréciait ça « sexuellement ». Ça m’a rendue malade. Ça a ramené à la surface toutes les choses qu’il m’avait confiées sur son passé et dont je pensais que c’était justement du passé ; sur le coup, j’ai eu vraiment peur qu’un climat malsain ne s’installe à la maison.

Quand je parle de climat malsain, qu’on ne s’y trompe pas : les abus sexuels, ce n’est pas forcément obliger un enfant à avoir des relations sexuelles. Ça peut être un comportement déplacé ou des commentaires douteux en leur présence qui créé une atmosphère malsaine. Sachant comment il s’était comporté avec les autres femmes, hommes et enfants dans le passé, cette remarque douteuse a déclenché un signal d’alarme chez moi. Je savais sans le moindre doute – appelons ça l’intuition maternelle – que je devais sortir les enfants de cette dynamique malsaine.

J’aimerais poser la question au lecteur : pensez-vous que ce genre de remarque soit saine et normale ? Si c’est le cas, je vous suggère de lire The Caricature of Love du psychiatre Hervey Cleckley, qui explique en quoi la sexualité a été pervertie au fil des siècles, au point que les gens en viennent à accepter certains comportements malsains comme normaux.

En aparté, cette détérioration manifeste dans notre relation ne semblait pas l’affecter lui comme elle m’affectait moi. C’était comme si plus je voulais m’éloigner, plus il était déterminé à ne pas me laisser partir, ou à ne pas partir. Il feignait une attitude décontractée et soulignait qu’il était bien là où il était, en dépit de sa frustration sexuelle (des années d’abus m’avaient rendu sexuellement distante) et de ses sarcasme voilés sur les femmes (comme le fait que selon lui, ne pas accéder aux désirs de son mari et refuser d’avoir beaucoup d’enfants faisait de vous un bonnet de nuit, voire une féministe extrémiste). Il était d’autant plus déterminé à me garder sous son emprise.

J’ai parlé de ma décision à certains des membres féminins du forum et – ayant partagé avec elles ma crainte que Jean n’abuse des enfants, sans pour autant partager tout ce que je savais sur lui – elle m’ont soutenue dans cette décision et m’ont donné des conseils sur la façon de le quitter en faisant le moins de casse possible et en me protégeant, considérant la violence potentielle dont je l’avais décrit capable.

Mais une fois ma décision prise, je ne savais pas comment la lui annoncer. Pendant des années, je m’étais sentie coincée dans cette relation, je ne savais pas comment faire. Je m’inquiétais de sa réaction. Je soupçonnais que Jean ne me laisserait PAS partir si facilement. Quand il avait voulu me quitter en apprenant que j’étais enceinte, c’était OK : c’était SA décision. Mais désormais, c’était MA décision, et je soupçonnais que puisque l’idée venait de moi, c’était hors de question pour Jean.

J’ai essayé d’évoquer le sujet plusieurs fois au cours des mois précédant la séparation, mais il ne voulait pas en entendre parler.

Il ne me donnait aucune option : si je partais, je devais partir seule, abandonner les enfants. Point. Il a même fait remarquer un jour qu’il serait très ennuyé de quitter la maison pour trouver un travail dans une autre ville, car il serait obligé d’aller voir des prostituées, ce qui était bien embêtant ! Je suppose que c’est la manière dont il voit les femmes, comme des objets qui sont là pour satisfaire ses besoins (pas seulement sexuels mais aussi matériels, financiers, etc. Il n’a jamais été capable de subvenir aux besoins de la famille, de garder un travail ou de faire fonctionner une entreprise).

J’y ai réfléchi pendant des mois et ai finalement pris une décision ferme : au lieu de tenter la diplomatie, comme j’avais essayé de le faire en vain pendant des mois, je lui ai dit de quitter la maison, sans quoi je prendrais rendez-vous avec une assistante sociale et le forcerais à partir. Peut-être la perspective d’être humilié l’a-t-il persuadé, puisqu’il a finalement accepté de quitter la maison. J’imagine qu’il ne s’attendait pas à me voir agir de façon si radicale et ferme, et cela a pu le déstabiliser pendant un moment.

Mais j’ai pris ça de façon trop légère. Je me suis dit : « Il est parti, donc ça veut dire qu’il accepte la séparation. Alors on va juste arranger les choses ensemble, dans l’intérêt des enfants. » Même si j’avais lu des livres sur les relations pathologiques, je refusais de voir qu’il était précisément concerné, je ne voulais pas voir la vérité à son sujet. Je pensais pouvoir lui échapper facilement, que chacun de nous pourrait se comporter de façon civilisée, dans l’intérêt des enfants. À nouveau, je me suis fait avoir par la pitié et le sentiment de culpabilité. Je me sentais mal de lui avoir demandé de partir, et je voulais lui faciliter les choses, faire passer la pilule en douceur. J’apprendrais bientôt qu’il avait déjà préparé sa « revanche ».

Devant moi, il a fait semblant d’accepter la décision, mais derrière mon dos (ce que j’apprendrais par la suite), il a monté un plan consistant à me faire du chantage émotionnel afin de me forcer à revenir vers lui, en menaçant et en diffamant Laura et le forum, les accusant d’être une secte (alors que, même s’il n’était pas intéressé par la plupart des sujets évoqués sur le forum, il n’avait JAMAIS eu de problème avec jusque-là) et prétendant que si je voulais le quitter, c’était parce que j’avais été endoctrinée par eux !

Tirant avantage de mon aveuglement à l’époque concernant sa pathologie, de ma volonté de faire « ami-ami » et de faire en sorte que les choses se passent de façon civilisée, Jean est venu à la maison un weekend après avoir déménagé, et a volé toutes les données de mon disque dur contenant toute ma correspondance privée, dont des échanges avec Laura et d’autres amis, où je demandais des conseils sur la façon de le quitter.

Il a ensuite été voir la nounou occasionnelle des enfants pour lui « annoncer » que j’étais dans une secte (j’apprendrais ça plus tard). Il a aussi appelé ma mère et l’a littéralement bombardée d’emails volés pris totalement hors contexte et de documents qu’il avait rédigés diffamant Laura, le forum Cass, le site SOTT et le programme de méditation – des pages et des pages de mensonges et de déformations des faits.

En outre, après avoir assommé ma mère avec ces « révélations », il lui a annoncé que j’avais subi des attouchements de la part de mon père lorsque j’étais enfant (chose que je lui avais confiée il y avait plusieurs années mais que je n’avais jamais confiée à ma mère car je ne voulais pas en faire une histoire. Et puis franchement, comment vous annoncez ça à votre mère ? C’est suffisamment honteux comme ça). Toutefois, la cerise sur le gâteau est qu’il a dit à ma mère que ces abus étaient probablement inventés, qu’ils étaient un faux souvenir implanté par la « secte » via l’hypnose ! Qu’importe si je lui avais confié ça avant d’être membre du groupe et si j’ai des emails – datant de 2001 – pour le prouver.

Nous voyons là qu’il utilisait les mêmes techniques dont il usait lorsque nous étions ensemble : tenter de conserver son emprise en m’isolant des autres afin que je n’aie nulle part où aller et personne à qui me confier, afin qu’il puisse me coincer de sorte à me faire revenir vers lui, ou, s’il n’y arrivait pas, tout bonnement se venger en détruisant tout et tout le monde autour de moi.

Heureusement, ma mère, qui le connaît bien (elle même a subi ses foudres de nombreuses fois malgré qu’elle l’ait souvent aidé financièrement lorsque son entreprise battait de l’aile) ne l’a pas cru un instant. Elle m’a téléphoné pour tout me raconter – c’est comme ça que j’ai appris ce qu’il avait fait, le disque dur, les accusations de secte, etc.

N’étant pas parvenu à manipuler ma mère, il a alors commencé à raconter à toute sa famille que j’étais dans une secte, et je n’ai jamais eu l’occasion de leur parler pour leur expliquer ce qui se passait, leur dire que je n’avais pas l’intention d’avoir de mauvaises relations avec eux juste parce que je voulais quitter leur fils. Ils l’ont malheureusement cru et n’ont pas cherché à en savoir plus.

En aparté, il a également dit à ma mère de ne PAS me dire qu’elle « était au courant » pour la « secte », car si je l’apprenais, je pourrais avoir une réaction extrême, comme par exemple m’enfuir avec les enfants ou que sais-je encore. Je trouve ça assez ironique de la part de quelqu’un qui a un passif assez lourd en termes de « réaction extrême ». Peut-on parler de projection ? Je pense qu’il projette en fait sur les autres ce qu’IL est lui-même à l’intérieur. Je pense qu’il utilise les accusations de secte en partie pour détourner l’attention de son comportement insensé : si tout le monde se focalise sur cette histoire de secte (ce qui est un des mensonges les plus hallucinants qu’on ait jamais raconté sur moi), personne ne remarquera à quel point il est dérangé, personne ne lui posera de questions sur son passé, et sur son échec en tant que partenaire et père.

Le fait est que quelqu’un l’a remarqué : le médiateur familial que nous avons rencontré après la séparation m’a dit qu’il soupçonnait une pathologie chez mon ex, et que ça ne lui laissait pas beaucoup d’espoir pour l’avenir. Malheureusement, cette personne ne peut témoigner car la décision d’entrer en médiation venait de moi, et n’a pas été ordonnée par le juge. Ce médiateur ne peut donc être partie dans cette affaire.

Quoi qu’il en soit, j’espérais encore (wishful thinking) que malgré son comportement passé autoritaire et abusif, ses accusations étaient simplement dues à la colère, au fait d’avoir été « jeté » ; blâmer l’entourage (famille, amis) lors d’une séparation n’est pas inhabituel. Et j’espérais que bientôt, il se calmerait, arrêterait ses mensonges sur moi, mes amis, Laura et le forum, et que nous pourrions avoir un semblant de relations cordiales – dans l’intérêt des enfants.

Mais ça ne s’est pas arrangé, au contraire.

L’été dernier, je suis venue chercher les enfants qui avaient passé les vacances chez leurs grands-parents paternels (chez qui vivent également la sœur et le beau-frère de Jean, tous deux dans la cinquantaine et sans emploi). Une amie m’accompagnait. Là-bas, la mère de Jean a tenté de me bloquer dans une pièce fermée afin de me forcer à écouter leurs insanités, me traitant comme une gamine qui avait besoin d’être « remise sur le droit chemin » (un soupçon de comportement sectaire ?). Mon amie m’a entendue appeler et est entrée dans la pièce pour m’aider. Jean lui a sauté dessus – la taclant comme un joueur de foot. Elle a dû aller se faire examiner à l’hôpital et a porté plainte contre Jean… plainte qui n’a mené nulle part à cause – roulement de tambour – des accusations de secte !

Quand on pense que c’est cet homme qui m’accuse de potentiellement recourir à des « réactions extrêmes » ! Accuser la victime, hein ?

Cet incident a résulté en un jugement en référé où Jean a produit ses mensonges et documents diffamatoires concernant Laura et sa famille (parmi ces fausses preuves, il y avait les emails volés sur mon disque dur, « traduits » n’importe comment et pris hors contexte, ainsi qu’une « synthèse » rédigée de sa main, fruit de sa propre interprétation déformée du travail de Laura et de son équipe. Ces mensonges étaient tellement ridicules et facilement réfutables par les FAITS que j’ai été estomaquée d’apprendre que les autorités se sont donné la peine de les lire). Il a fait envoyer ces pièces à mon avocat un vendredi soir, deux jours avant l’audience, de sorte que je n’en ai pas eu connaissance à l’avance et n’ai pas eu l’opportunité de construire une défense appropriée avec mon avocat.

À la suite de l’audience, le juge a ordonné une expertise psychologique pour lui, moi et les enfants. Les conclusions du rapport de l’expert sont que les affirmations de Jean selon lesquelles je serais dans une secte sont le fruits de « constats rigides et mal maîtrisés » de sa part, et qu’il possède une personnalité obsessionnelle qui le pousse à rechercher des informations sur les sectes pour se rassurer et se libérer de ses peurs et du sentiment de rejet dû à la séparation.

Le rapport précise que j’ai fait des efforts pour me libérer de son « emprise ». Que malgré ma « vulnérabilité » et le fait que je sois « peu sûre de moi », Jean se fait une idée fausse de mes centres d’intérêt. Là, je voudrais commenter un peu :

On peut dire que certes, j’étais autrefois vulnérable par rapport aux HOMMES (comme c’est rare pour une femme !) – j’ai expliqué plus haut d’où ça venait. Toutefois, j’aimerais ajouter quand on a subi des abus pendant des années, et qu’on passe un test psychologique suite aux accusations diffamatoires d’un déviant qui vous harcèle, vous espionne, vous menace depuis des mois, on se sent effectivement « vulnérable ». D’autant plus vulnérable que la justice croit le manipulateur et vous ignore, vous refusant le statut de victime ! Dans ces cas là, comment ne pas se sentir « fragilisé », et voir sa confiance en soi complètement érodée !!! Le fait de douter de soi – dans le sens de : vouloir se connaître soi-même, se remettre en question afin d’avancer dans la vie – me semble être une qualité humaine, une attitude saine, au contraire du psychopathe qui lui ne doute JAMAIS de lui. Mais dans un monde où la pathologie domine, les valeurs du psychopathes sont hélas mises en avant et prises comme la norme à adopter. Il me semble également que l’expert s’est fait influencer et manipuler par Jean : le rapport précise que durant sa propre expertise, Jean est resté focalisé sur moi. Une manœuvre qui une fois encore permet de détourner l’attention de ses propres « problèmes psychologiques » et de son comportement anormal.

Enfin bref, pour moi, la caractère obsessionnel de Jean souligné dans le rapport est suffisamment inquiétant. L’obsession est précisément l’un de ses modes de fonctionnement – obsession du sexe, de quelque idéal qu’il a sur les femmes et qui n’existe que dans son esprit tordu, obsession de « faire les choses », de « ne pas avoir le temps de faire les choses », etc. Ça me paraît suffisamment fou comme ça. L’obsession peut mener à toutes sortes de comportements anormaux et pathologiques. Il est clair qu’il est obsessionnel dans son harcèlement de quiconque a jamais été ami avec moi ou m’a soutenue. Il ne supporte pas que j’aie des amis – des amis que j’ai choisis, pas des amis qu’il choisit pour moi et qui reçoivent son approbation en vertu du fait qu’il les contrôle.

Il a tenté de me « récupérer » après l’audience – voulant arranger un rendez-vous, seul à seul, pour « parler » (traduction : pour me manipuler et me faire revenir vers lui) mais ça n’a pas marché, alors il a fait monter les enchères. Il a commencé à m’espionner sur le forum Cassiopaea. Puis il a rejoint le forum anglophone godlikeproductions et a commencé à poster ses mensonges et diffamation là-bas.

J’ai appris par l’avocat de Laura Knight-Jadczyk qu’il avait même créé un site diffamatoire, copiant-collant tous les mensonges lancés sur GLP à l’encontre de Laura.

Cela prouve non seulement son obsession et son insanité, mais aussi son fanatisme. Je veux dire, n’a t’il rien mieux à faire dans la vie (comme travailler et payer une pension à ses enfants, par exemple ?) Est-il pathologique au point de vouloir passer ses journées sur Internet à diffamer des gens qui ne lui ont jamais rien fait à part être mes amis et me soutenir lorsque je leur ai parlé des abus que je subissais ? Est-il rempli d’une telle haine et d’une telle rage destructrice au point de vouloir détruire d’autres personnes, dont ses propres enfants, dont il n’a visiblement que faire puisqu’il ne fait que les utiliser pour obtenir ce qu’il veut (ma destruction et celle de tous ceux qui sont ne serait-ce que vaguement proches de moi) ?

Franchement, quel genre d’homme se joindrait un autre homme du même acabit (Vincent Bridges) qui depuis des années diffame Laura Jadczyk sans relâche, a mis sa famille en danger, pratique la magie noire, a fait un séjour dans un hôpital psychiatrique, et est ami avec le gourou de secte Eric Pepin, poursuivi pour pédophilie il y a quelques années ?

Qu’importe si, avant la séparation, il se fichait des enfants et les considérait comme un « fardeau » qu’il serait trop heureux de laisser derrière lui, qu’importe s’il leur criait dessus et s’il a mis leur vie en danger à plusieurs occasions ! Maintenant, ses nouveaux copains sont des satanistes et des déviant sexuels. Est-ce que vous confierez vos enfants à ce genre de personne le « cœur léger » ? Sachant que vous n’avez pas le choix, parce que la justice a été incapable de prendre la pleine mesure de son insanité ?

C’est une situation très déstabilisante, et je ne souhaite ça à personne.

C’est la pathologie à laquelle Laura, sa famille et maintenant moi-même sont exposés et doivent faire face – ces individus vous poignardent dans le dos, agissent toujours dans l’obscurité, sont sournois et rusés, et de très bons manipulateurs ; ils se débrouillent pour faire croire aux autres qu’ILS sont les victimes.

Ce qui est tellement ironique et dingue, c’est que voilà un homme qui parle de morale et qui traite mes amis d’« anormaux, d’escrocs, de profiteurs financiers, de voleurs d’âmes, de manipulateurs, de malades du contrôle et de cyberstalkers ». Accuser la victime, encore une fois. Projeter sur les autres ce qu’il est à l’intérieur.

Il prétend que j’ai été « contrôlée » afin de la quitter. C’est clairement faux, comme le verra quiconque connaît les faits (et pas juste les rumeurs et mensonges qu’il répand sur moi) : le fait est que lorsque mes amis m’ont conseillé d’être très prudente et de prendre des mesures pour nous protéger, moi et les enfants, je n’ai écouté aucun de ces conseils, je ne les ai pas pris au sérieux. Mais la conséquence d’avoir ignoré ces conseils, c’est le pétrin dans lequel je me suis retrouvée. Il s’est comporté précisément de la façon dont on m’avait prévenu ! Ce qui est tragique et ironique – détruisant toute allégation selon laquelle j’aurais été « influencée » – est que si j’avais appliqué ces conseils, donnés par des femmes qui parlent en connaissance de cause, cela n’aurait peut-être pas – je dis bien peut-être – mené à un tel gâchis.

Ce n’est qu’après qu’il a volé mon disque dur, cité des emails mal traduits et pris hors contexte au tribunal, déformé tous les faits me concernant ainsi que les enfants et Mme Jadczyk, que j’ai réalisé combien ces femmes avaient raison de m’avertir du danger qui me guettait si je ne prenais pas ces mises en garde au sérieux. Ce n’est qu’après qu’il m’a fait subir mensonges, stress, diffamation et menaces que j’ai réalisé à quel point il était tordu, ce qui m’a menée à revisiter tout mon passé avec lui, tout ce qu’il m’a dit, sa confession, etc., et à voir clairement que, oui, c’est ce qu’il est, il a toujours été comme ça.

Il aura fallu cette séparation pour que je le réalise.

Plus récemment, un jugement définitif a eu lieu concernant la garde des enfants. Chose bizarre et choquante, le délibéré de ce jugement cite non seulement les emails qu’il a volés, mal traduits et pris hors contexte qu’il avait déjà produit lors du référé. Ces emails VOLÉS ont été qualifiés par mon avocats de FRAUDULEUX, et pourtant le juge les cite comme « preuve » ! Tandis que mes affirmations – documentées par les faits – et le rapport de l’expert psychologique constatant de façon claire qu’il a une personnalité OBSESSIONNELLE et fait une MAUVAISE interprétation de mes centres d’intérêts fondée sur ses propres peurs et INSÉCURITÉS – lesquelles le poussent à rechercher des « informations sur les sectes pour se rassurer » – n’ont pas été cités ! Pas une ligne ! De fausses allégations produites par un homme qui ne peut supporter de se faire jeter et qui se lâche par vengeance sont pris considérées comme preuve, tandis que les conclusions d’un expert sont totalement ignorées ?

Quelque chose cloche ici ! Je croyais qu’on était au Xxe siècle, où les femmes sont (plus ou moins) les égales des hommes. Tout ce que je vois, c’est que le système me traite comme une enfant, ou une femme écervelée et stupide qui s’est fait endoctriner par une « secte ». Les autorités le croient lui, et ne m’écoutent pas. Ce n’est qu’un exemple de la façon dont beaucoup de femmes sont encore traitées de nos jours – et je ne suis pas « féministe ». Je suis juste un être humain, qui se trouve être une femme, et je veux qu’on m’écoute et me prenne au sérieux. Apparemment, la justice – police etc. – croit ses mensonges avec tant de facilité, sans vérifier quoi que ce soit, que vous êtes obligé de penser qu’il y a anguille sous roche. Ou alors, nous voyons là une expression de plus des bonnes vieilles valeurs patriarcales.

Un homme décent – un vrai homme – se serait comporté différemment, même s’il avait été blessé par la séparation. Il aurait dit au tribunal qu’il aime ses enfants et veut être un bon père, et aurait voulu dialoguer avec son ex. pour faire en sorte que les enfants aient la meilleure vie possible.

Un homme décent – un vrai homme – ne va pas répandre des mensonges autour de lui en utilisant ses enfants comme prétexte pour assouvir sa vengeance. Quel genre d’homme fait ça ? Pas un homme qui aime ses enfants. La preuve en est qu’il n’a pas donné un Euro pour nous aider, pour leur acheter quoi que ce soit. Il les a emmenés en vacances pour un week-end histoire de montrer à quel point il était un bon père. Mais, oups, attendez, c’était avant le jugement. Maintenant que le jugement a été rendu, il n’a même pas un Euro pour leur acheter un crayon. Classique, hein ?

En termes clairs et sans appel : je veux qu’il me laisse tranquille. Je ne veux plus jamais le voir, ni entendre sa voix, je veux l’effacer de mon esprit et de mon corps, tout ce qui me le rappelle. Ce n’est qu’après les avoir quittés qu’on réalise à quel point c’est usant et stressant d’avoir quelqu’un qui vous espionne constamment, vous, vos amis et vos activités, qui essaie de vous manipuler pour que vous reveniez vers lui, après que vous lui avez dit clairement que vous VOULEZ qu’il vous laisse tranquille, que vous n’éprouvez plus rien pour lui, et que vous ne voulez pas de lui. Je ne veux pas qu’il m’envoie des emails insensés avec des « liens sur les sectes » pour « m’éduquer ». Je veux qu’il me laisse tranquille. Je crie dans le désert depuis trop longtemps, et j’en ai véritablement assez. Ma vie est en stand-by parce qu’il est là, constamment, en arrière-plan. Je veux qu’il arrête ! Qu’il disparaisse de ma vie !

Je n’ai aucun espoir qu’il m’entende, vu à qui (ou plutôt à quoi) j’ai affaire. Mais je trouve ça libérateur d’en parler publiquement.

Ce type qui ne cesse de dire que j’ai été endoctrinée par une secte, eh bien, vous savez quoi, c’est le même qui une fois a pratiqué la magie pour me faire tomber amoureuse de lui… comment ça s’appelle déjà ? Ah oui, un « filtre d’amour » où on écrit le nom de l’objet de son « attention », on prononce quelque « formule magique », et c’est parti ! Cet homme-là, qui accuse des gens innocents d’être des gourous, correspond lui-même en tous points au profil du faux gourou ! Et il fait ça parce qu’il a perdu son meilleur « adepte » : moi.

J’espère juste que, d’une façon ou d’une autre, ce témoignage expliquera en partie comment on a pu en arrivera à une situation aussi horrible, et servira d’avertissement aux autres femmes qui, comme moi, pensent qu’elles peuvent sauver ce genre de personnes : on ne le peut pas. À l’intérieur, il n’y pas d’homme à sauver ; il n’y a rien qu’un animal enragé et tordu qui, comme le dit Sandra Brown, dévaste tout sur son passage y compris les femmes et les enfants qui les aiment.

« On ne peut prévenir ce qu’on n’identifie pas, on ne peut traiter ce qu’on ne diagnostique pas. Et l’on ne peut enseigner la façon de les repérer à moins de comprendre soi-même la pathologie. »

Une chose est sûre, la meilleure façon de protéger quiconque – conjoints, amis, enfants, famille, associés – de ce genre de déviant pathologique est de l’exposer pour ce qu’il est, devant tout le monde ; de révéler la pathologie derrière le masque de santé mentale. C’est l’un des objectifs de ce témoignage, qui sera mis à jour au fur et à mesure que de nouvelles données émergeront, et documenté avec tous les éléments et preuves disponibles.

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6 Responses to Les liaisons dangereuses, ou quand un ex-conjoint abusif crie à la secte

  1. Merci d’avoir eu le courage de parler. Plusieurs fois, j’ai remarqué qu’en France, au contraire d’autres pays, lorsqu’il s’agit de ce genre d’abus, le silence règne. C’est vraiment triste de penser à toutes ces autres femmes qui, comme toi, se retrouvent dans une situation similaire, isolées, craignant pour le bien-être de leurs enfants, et immobilisées par la peur.

    Je vais le partager avec d’autres, car je suis sure que ton récit pourra aider d’autres “âmes en péril”. Tu es un exemple à suivre !

    J’espère que la justice agira enfin correctement, et que toi, tes enfants, et l’équipe de Cass seront enfin laissés tranquiles.

  2. Cet article est exceptionnel. Merci pour ce témoignage courageux, juste, poignant qui nous permet de comprendre tous les mécanismes, les rouages, d’un type de relation qui, malheureusement, est beaucoup trop fréquent en France et ailleurs.

    En lisant ces lignes, je n’ai pu m’empêcher de penser au profil du “pervers narcissique” dressé par M.F. Hirigoyen : perversion, absence de remords, manipulation, contrôle, changement de personnalité… Tout y est.

    Chapeau bas à “Marie” qui a écrit ce texte et bravo surtout pour le courage qu’elle a eu de finalement dire non à ces abus et de parler.

    J’espère que cet article donnera à de nombreuses femmes un nouvel éclairage sur certaines relations, permettra peut-être à certaines de ne pas tomber dans ce terrible piège et à d’autres d’avoir le courage et la lucidité pour en sortir.

  3. Bravo Marie pour avoir le courage de parler des abus envers vous commis par cet homme. Je vous crois quand vous dites que vous préférez ne pas révéler l’histoire de votre vie sur Internet. C’est quelque chose de difficile à faire, mais je pense que vous avez pris la bonne décision parce que vous avez tout essayé pour expliquer aux autorités le danger que cet homme représente pour vous et votre famille ainsi qu’à la communauté. Je suis d’accords avec Pedrolito, ‘Jean’ a probablement le profil du “pervers
    narcissique” ou bien quelque chose d’encore pire. A vous et à la famille Knight-Jadczyk, j’envoie beaucoup de courage et de force pour traverser cette épreuve.

  4. bonjour marie,
    encore bravo pour ce parcours de vie époustouflant de courage et de lucidité. Je suis un homme (comme mon prénom l’indique) et en vous lisant j’ai eu l’impression de m’identifier à vous dans la relation de couple avec ma conjointe qui a subit des traumatismes (parents alcoolique, ordurié envers leurs enfants surtout elle parce que non souhaité, violent entre eux, père mort à l’age de 15 ans). Pour mon cas: élevé par une mère poule n’ayant pas un poil de méchanceté et un père qui a un bon fond il se plierait en 4 pour mon frère et moi aujourd’hui, mais il a eu énormément de mal a nous prouvé de l’affection durant notre adolescence nous traitant même de bon à rien sachant qu’à cette époque il buvait pas mal, a changer de travail (il est passé de gendarme à clerc d’huissier), a subit une dépression suite à des problèmes lors de la construction de leur maison. A l’époque mon frère et moi n’étions pas conscient de tout cela et en tant que tout bon adolescent nous nous rebéllions contre lui (manque de communication père fils). Ma compagne et moi ayant subit des traumatismes tous deux et ayant des disputes dans lesquels je lui reconnais des attitudes de prédateur manipulateur, mais il est vrai aussi que dans certains des propos qu’elle tient concernant mon attitude j’ai l’impression de reconnaitre en moi quelqu’un qui porterait le masque de santé mental, même si je sais au fond de moi qu’elle n’est pas une psycopathe et quelle est peut-être encore dans la phase ou elle n’a pas exorcisé son passé (car encore trés négative ) et que moi je ne pense pas en être un non plus (car j’aime la vie, les gens et je positive ,ma devise c’est dans la vie il n’y a pas de problème il n’y a que des solutions il s’agit juste d’évoluer et d’avancer pour les trouver). Et là je me tourne vers vous qui pouvez peut-être m’aider à évoluer car il y a peut-être quelque chose que je ne veut pas voir. Pourriez-vous me recontacter soit par emails ou par des discussions sur le forum cassiopaea auquel je viens de m’inscrire aprés avoir finit de lire toutes les oeuvres de Laura existantes en français. Pour ce qui est des forums je suis novices il faudra me donner un coup de pouce. Si quelqu’un prends le temps de me répondre je l’en remercie par avance et compte sur sa bienveillance pour m’éclairer au mieux.

  5. Merci Marie
    J’ai retrouvé dans ce témoignage tellement de faits similaires à ce que j’ai vécu ,qu’il m’a profondément bouleversé , comprenant tout ce chemin difficile , les questions que l’on se pose sur nous même et le tout si bien exprimé par Marie .

    « On ne peut prévenir ce qu’on n’identifie pas, on ne peut traiter ce qu’on ne diagnostique pas. Et l’on ne peut enseigner la façon de les repérer à moins de comprendre soi-même la pathologie. »

    Grâce au premier article du site de Laura sur les psychopathes ,j’ai pu comprendre ce qui m’était arrivé et à qui j’avais eu affaire pendant de nombreuses années.Depuis 2005 je vis cet “enfer” du déni de justice malgré de nombreuses preuves.Je me suis battue et j’ai fini par obtenir un semblant de justice en Cassation..
    J’ai décidé qu’en Septembre j’allais déposé une plainte pour viol conjugal , jusqu’à peu de temps j’ignorais qu’il existait des lois sur le sujet .Je ne souhaite pas avoir quoi que ce soit mais simplement que mon chaudron intérieur soit propre et sain et pour apporter ma modeste contribution au fait que de nombeuses pesonnes auront aussi le courage de mettre ses individus en pleine lumière et je sais aujourd’hui qu’ils détestent celà

    Ces femmes et ces hommes courageux viendront Oui Marie,car ils sont portés par une soif de vérité ,l’envie de savoir ,et ce qui manque en ce monde une grande intégrité .

    Un grand Merci à vous tous sur ce site

  6. Bonjour, je viens de découvrir votre témoignage. Je le découvre et réalise que celui que je viens de finir de ma propre histoire est dans les grosses lignes identique. C’est fou, ces hommes malsains, déstructurants comme je le décris. J’ai vu que vous l’aviez écrit en 2011. Vous en êtes où aujourd’hui. Moi çà fait un an que je suis séparée mais avec un enfant de 4 ans on peut dire que je ne suis pas à la veille de ne plus entendre parler de çà comme vous le dites si bien.
    Merci pour votre témoignage dans tous les cas.

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